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mercredi, 06 avril 2016 00:00

[Critique] Fourberies

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Il est toujours assez compliqué de faire la critique d’un jeu sorti il y a quelque temps et qui a déjà derrière lui un festival de renom, où le nombre de jeux vendus fut conséquent. Car celui-ci est forcément déjà connu de la plupart des gens. Pourtant, il est tout aussi intéressant de revenir dessus pour le faire découvrir aux autres joueurs moins chanceux, et ainsi aiguiller leurs potentiels futurs achats. Être dans le flux de l’actualité est une bonne chose, mais prendre parfois un peu de recul est tout aussi important.

Une longue histoire

 

J’ai joué pour la première fois à Fourberies, lorsqu’il ne s’agissait encore que d’un proto basé sur Molière, lors du festival Finist’aire de jeux. Le jeu tournait bien, et malgré la simplicité des cartes sur fond blanc, on pouvait deviner son potentiel, sans pour autant prendre la pleine mesure de ses capacités. Quelque temps plus tard, le jeu apparait sur les plus gros sites de jeux sous le nom d’Histrio, le thème est posé celui d’une troupe de théâtre animalière, bien plus fantaisiste que notre bon vieux Molière. Le soin des illustrations étant confié aux pinceaux virtuels de Jérémie Fleury. Dont vous pouvez retrouver les carnets d’auteurs à propos du jeu sur le web. Puis peu de temps après le jeu refait parler de lui sous le nom de Fourberies. Encore aux manettes de feu JDS, magazine sur les jeux de société, je choisi celui-i pour faire la couverture de la seconde saison. Saison qui ne verra jamais le jour. Puis un an plus tard, pour le festival de Cannes, sort le jeu définitif. Un an seulement, et voici Fourberies entre mes mains.

Dans Fourberies vous allez devoir gérer votre troupe de théâtre en réalisant des représentations auprès du roi. Mais selon son humeur, vous devrez lui proposer une comédie ou une tragédie. Le jeu se joue en deux manches. Dans votre main 8 cartes qui correspondent aux 8 villes du plateau, et devant vous de magnifiques caravelles et régisseurs sous forme de pion. À chaque tour vous allez devoir, tous ensemble et en même temps (sauf pouvoir), choisir une carte de votre main pour ensuite la révéler. Une fois cela fait, on déplace les cartes sous les villes. Si un joueur est seul il active leurs pouvoirs et remporte les cartes présentes, si plusieurs joueurs ont joué la même carte, ils repartent simplement avec une carte Demande secrète, qui auront bien plus d’importance que l’on ne pourrait croire de prime abord. Puis chaque joueur décide d’envoyer ou non l’un de ses acteurs pour modifier l’humeur du roi, avant de déposer ses acteurs récoltés devant lui, ainsi que ses saltimbanques. On fait le réassort des cartes puis un nouveau tour peut débuter, et ainsi jusqu’à épuisement de la pile qui amène au premier décompte de points, représentés par les écus. Puis un second qui marque la fin de la partie.

J’ai bien entendu résumé les règles du jeu, mais vous pouvez d’or et déjà comprendre les principales mécaniques et ainsi lire la suite avec quiétude.

 

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L’envers du décor

 

Il serait inutile de le nier, Fourberies dispose d’un matériel magnifique ! Que ce soit la qualité de ses illustrations comme de son matériel. Les caravelles et les régisseurs sont bien moulés, et que dire de ce théâtre, véritable centre d’intérêt du jeu et de tous les regards. Il n’y a rien à jeter sur ce point, si ce n’est la boite de jeu qui n’est pas parfaitement opérationnelle pour recevoir le matériel une fois le théâtre construit. Il faudra jongler et ruser pour tout faire tenir, mais tout tient sans abimer quoi que ce soit.

Fourberies est donc servi par un travail d’édition de qualité qui ne peut que rendre hommage au thème choisi par la beauté du décor dans lequel on joue.

 

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Acte 1

 

J’étais impatient de retrouver Fourberies dans son bel écrin, la première impression qu’il m’avait laissée ayant été très bonne, et c’est donc avec une certaine impatience que je me lançai dans mes premières parties, avant de prendre un peu de recul.

Les parties sont assez rapides, surtout la deuxième manche où le nombre de cartes est réduit par la présence des différents saltimbanques dans les troupes. Chaque action compte véritablement et il faudra rester attentif de bout en bout, sous peine de rater de nombreuses occasions ou de jouer la mauvaise carte au mauvais moment. Tout est sous vos yeux, à vous donc de profiter de cette masse d’information pour tirer votre épingle du jeu. Et je peux vous dire que vous aurez fort à faire pour offrir au roi la pièce qu’il désire, car tout ne se passera pas toujours comme prévu. Loin de là. Les retournements de situations sont nombreux, les cartes Demande secrète très fortes, et les déceptions au niveau de la récupération des cartes monnaie courante.

 

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Je suis ressorti de mes premières parties, à 2 puis à 3 joueurs, avec une très bonne impression. Mais comme dans toute bonne histoire qui se respecte, qu’elle se déroule dans un film ou au théâtre, il faut un twist final pour interpeler le spectateur. Le jeu était rapide, assez fourbe comme le résume très bien le titre, et aussi très calculatoire, mais surtout hyper opportuniste. Sans oublier que le hasard de la pioche fera tout son possible pour venir perturber le moindre petit équilibre éphémère. Mais voilà en jouant à 4 et 5 joueurs, Fourberies montra une autre façade de son masque. Qui peut être résumé en un seul mot : chaos. À 4 et 5 joueurs les tours deviennent plus longs, les opportunités moins nombreuses, et les chances d’engager des acteurs encore plus minces. Tout va alors tourner, ou presque autour des cartes Demande secrète, leur pouvoir pouvant se révéler énorme, tout simplement. Et une simple carte peut apporter un avantage considérable à l’un des joueurs. Certes à 4 et 5, ces cartes viennent équilibrer le jeu, et offrir des chances à tous les joueurs. Mais le jeu s’en trouve transformé. Ce qui n’était qu’un avantage, parfois complexe à obtenir avant, devient une véritable force de frappe, qui laissera sans peine quelques joueurs derrière elle. Comme si tel le masque jaune et rouge qui orne le théâtre, Fourberies disposait de deux visages bien différents.

 

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Les voyages forment la jeunesse

 

Vous l’aurez facilement compris, la configuration à 4 et 5 joueurs, ne m’a pas forcément convaincu, ou du moins m’a paru trop brutale, chaotique, mais aussi hasardeuse. Bien plus compliqué à maitriser que celle à 2 et 3 joueurs, qui s’avère à mes yeux bien plus fine et tendu. Après il en faut pour tous les goûts, et ce qui pourrait sonner comme un désavantage peut aussi se révéler être un moyen de proposer deux manières de jouer très différentes avec un seul jeu. À vous de juger alors, à quel style de jeu vous voulez vous adonner. Et avec quel public. Car il faut bien le dire, Fourberies n’est pas forcément simple à expliquer, pourtant il ne l’est pas à comprendre. Mais la première étape est obligatoirement la conséquence de la première, ce qui fait que le jeu ne s’adressera pas forcément aux joueurs novices, et cela malgré la beauté du jeu qui pourra irrémédiablement les attirer. Et je ne parle pas de la maitrise du jeu qui demandera de nombreuses parties pour deviner et exploiter ses rouages bien huilés.

En ce qui concerne la durée de vie, le hasard des pioches couplé à la manière très personnelle de jouer de chaque joueur font que le jeu n’a que peu de craintes à avoir de ce côté-là. Surtout que Fourberies peut être très différent selon le nombre de joueurs.

 

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Acte final

 

Fourberies m’a surplis, alors que je croyais le connaitre. Et c’est tant mieux, car j’aime être surpris. Mais malheureusement, ce n’est pas forcément que dans le bon sens, car si à 2 et 3 joueurs j’ai trouvé le jeu très intéressant et assez équilibré, il en est tout autre à 4 et 5 joueurs. Et cet avis fut partagé par les différents groupes avec qui j’ai pu jouer, et cela quelque soit leurs âges, niveaux et sexes. Pourtant Fourberies a tout pour plaire, servi dans un écrin de toute beauté, il a de nombreux atours, mais aussi d’atouts. Fourberies n’est pas dénué de qualité, loin de là, c’est un très bon jeu, mais il sera plus sage de s’essayer à une partie avant de sauter le pas de l’achat. Pourtant, il mérite que l’on se penche sur lui, car derrière se cache un excellent travail et jeu.

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